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Invité à un forum international à Abidjan, le journaliste béninois Hugues Comlan Sosssoukpè, réfugié politique au Togo a été arrêté sans mandat puis extradé en toute discrétion vers Cotonou. Il s’agit d’une arrestation qui soulève des interrogations sur le respect du droit d’asile et de la liberté de presse.

crédit photo: Microsoft edge

Qui est Hugues Sossoukpè ?

En effet Hugues Sossoukpè, journaliste béninois exilé depuis 2019 et réfugié au Togo depuis 2021, est un ancien porte-parole de l’ABWA (Association Béninoise des Web-Activistes) et directeur du média Olofofo, spécialisé dans les enquêtes sensibles.

Une arrestation aux contours nuageux

Faisant objet d’une poursuite pour incitation à la haine, harcèlement par voie électronique et apologie du terrorisme sur la base de ses publications critiques en ligne, Hugues Sossoukpè a été interpellé le 10 juillet dernier dans sa chambre d’hôtel à Abidjan où il participait à l’Ivoire Tech Forum, un évènement soutenu par le ministère ivoirien de l’Economie numérique. Il s’agit d’une opération menée discrètement par des agents ivoiriens qui a amené au transfert immédiat de ce dernier pour destination Cotonou, selon Reporters Sans Frontière (RSF).

Statut de réfugié ignoré

En effet, le journaliste bénéficiait de statut de réfugié inscrit dans son passeport depuis 2021. Selon la Convention de Genève de 1951, aucun réfugié ne peut être expulsé vers un pays où sa sécurité est menacée. Pourtant la Côte d’Ivoire a procédé à une expulsion sans décision de justice, ni audience, ni notification préalable.

Les enjeux derrière cette affaire

Suite à ses critiques contre le régime du président Patrice Talon, cette affaire illustre la montée des pratiques de répression transfrontalière dans l’espace CEDEAO, où les opposants et les voix critiques sont de plus en plus visées au-delà des frontières. A l’approche des élections présidentielles de 2026 au Bénin, les signaux d’un durcissement autoritaire s’accumulent. Ainsi, le parti Les Démocrates, principale formation d’opposition parle d’ « enlèvement d’Etat sous mandat politique ».

Les réactions internationales et nationales

  • Le RSF, Front Line Defenders, ainsi que plusieurs personnalités de la société civile et de l’opposition béninoise dénoncent un « enlèvement illégal ».
  • Pour RSF, cette extradition est une « violation grave des engagements internationaux » de la Côte d’Ivoire et du Bénin. Ainsi, plusieurs ONG réclament des garanties procédurales et exigent la libération du journaliste.
  • Au national, les voix officielles du gouvernement béninois, via le porte-parole Wilfried Léandre Houngbédji, accusent certains web-activistes d’être des complices de l’ennemi diffusant des rumeurs orchestrées par des officines étrangères et invitent à exercer un discernement patriotique.

« Si un journaliste exilé, protégé par un Etat tiers, peut être arrêté lors d’un forum officiel pus renvoyé en toute discrétion vers ses persécuteurs, alors plus aucun lanceur d’alerte n’est en sécurité en Afrique de l’Ouest » déclare un juriste spécialisé en droit international. A travers ce cas, la capacité des journalistes africains à exercer leur métier librement, même en exil est en jeu.