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Motifs éclatants, couleurs flamboyantes, silhouettes élégantes : le wax africain s’impose aujourd’hui comme un symbole vestimentaire fort du continent. Pourtant, derrière cette étoffe colorée, se cache une histoire bien moins africaine qu’on ne le croit. Né en Indonésie, façonné par les puissances coloniales, il a conquis l’Afrique de l’Ouest au point de devenir un incontournable des garde-robes et des podiums. Mais ce succès soulève une question délicate : le wax célèbre-t-il l’identité africaine ou efface-t-il les véritables traditions textiles locales ?

Un tissu aux origines lointaines

L’histoire du wax remonte à la fin du XIXᵉ siècle, en Indonésie. Les Javanais maîtrisaient l’art du batik, un tissu de coton imprimé à la cire sur les deux faces, technique qui fixe les couleurs et rend la matière presque imperméable. Les colons hollandais et anglais, séduits par le procédé, l’exportent en Europe avant d’adapter les motifs et les couleurs pour séduire le marché subsaharien.
Importé massivement par les Hollandais, le wax s’installe d’abord sur laGold Coast, l’actuel Ghana. Avant de se répandre dans toute l’Afrique de l’Ouest et centrale. Dès les années 1960, certains pays africains, comme le Ghana, le Sénégal ou la Côte d’Ivoire, tentent d’en produire localement. Mais la domination de la société néerlandaiseVlisco, qui fabrique depuis 1846 un wax de luxe pour l’Afrique, reste écrasante.

crédit photo: Edge

Une production aujourd’hui dominée par l’étranger

Malgré la popularité du wax africain, peu d’usines subsistent sur le continent. La majorité des tissus provient soit des Pays-Bas, soit de la Chine et de la Thaïlande. Les versions asiatiques, moins coûteuses, inondent les marchés africains depuis le début des années 2000, tandis que le « made in Africa » se raréfie.
Cette dépendance extérieure interroge : comment préserver l’économie locale et l’identité culturelle, tout en continuant de porter un tissu si profondément ancré dans le quotidien ?

Entre business et identité

Si certains designers boudent le wax africain pour privilégier les tissus locaux, d’autres l’embrassent pleinement. C’est le cas d’Aweni, fondatrice de la marque Woen-Ilga, pour qui l’important n’est pas l’origine du tissu mais l’usage et la valeur qu’on lui donne.
De son côté,Marianne Sodogandji, créatrice de la marque Eldior Sodeck, prône un équilibre. Basée à New York, elle combine wax, bazin sénégalais, kanvo béninois et lin local dans ses collections. Selon elle, condamner le wax reviendrait à pénaliser les milliers de commerçantes africaines, héritières des légendaires Nana Benz, qui vivent de sa vente.

crédit photo: Edge

Pour que l’histoire se tisse à plusieurs fils

Le wax africain n’est pas né sur le continent, mais il y a trouvé une terre d’adoption fertile. Qu’il soit vu comme un héritage colonial réinventé ou comme une pièce maîtresse de la mode africaine contemporaine, il incarne une réalité : l’Afrique façonne, transforme et s’approprie ce qui lui parle. Le défi de demain ? Faire coexister cette étoffe mondialement connue avec la richesse textile authentiquement africaine, pour que l’histoire se tisse à plusieurs fils.

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